Rencontres

Plan TV #7 : Introduction de Joëlle Desterbecq

 

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Pour introduire cette 7ème rencontre du plan TV consacrée à la diversité en tant qu’opportunité pour les médias audiovisuels, je vais vous présenter un bref état des lieux de l’égalité et de la diversité sur les écrans de Belgique francophone : comment la diversité du monde qui nous entoure est-elle représentée à l’écran ? Ensuite, je baliserai quelques enjeux : en quoi la diversité est-elle une opportunité ?

  1. Contexte

Les travaux du CSA en matière d’égalité et de diversité se sont déployés de 2011 à 2013 dans le cadre du Plan pour la diversité et l’égalité dans les médias audiovisuels lancé par la ministre de la Culture, de l’Audiovisuel et de l’Égalité des chances de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Ce Plan confie au CSA le soin de réaliser et de coordonner la publication annuelle d’un Baromètre de l’égalité et de la diversité et d’un inventaire ou Panorama des bonnes pratiques.

Il s’agit de mettre en place un processus d’émulation, dans lequel chaque acteur est stimulé à s’engager. Cette dynamique se construit autour de trois axes :

  • Tout d’abord, il convient d’objectiver la situation, de mettre tout le monde d’accord sur l’état de la question en présentant des données empiriques. C’est l’objectif du Baromètre qui quantifie la représentation de la diversité à l’écran.
  • Ensuite, il s’agit d’identifier les bonnes pratiques en matière de représentation de la diversité dans les médias de la Fédération Wallonie-Bruxelles, mais également de l’étranger. C’est l’objectif du Panorama qui vise à relayer et valoriser auprès des professionnels la pluralité des méthodes existantes pour parvenir à une meilleure appréhension de ces questions.
  • Enfin, il s’agit d’organiser des rencontres avec les directions et les rédactions afin d’informer les chaînes de leur situation particulière, d’instaurer un dialogue constructif et de stimuler l’engagement des acteurs.

D’autres études ont prolongé ce plan d’action : elles ont été consacrées à la représentation, d’une part, de la jeunesse et, d’autre part, de l’homosexualité à l’écran.

Enfin, le CSA relance cette année un nouveau Baromètre de l’Egalité et de la Diversité dont les résultats seront publiés à la fin de l’année. La relance du Baromètre s’inscrit dans le cadre de ces nouvelles missions confiées au CSA par le législateur.

  1. Diversité à l’écran

 

J’en reviens à ma question de départ : comment la diversité est-elle représentée sur les écrans de la FWB ?

Pour répondre à cette question, je vais repartir des données des trois Baromètres publiés de 2011 à 2013. Je vais me limiter à présenter des tendances générales, je renvoie à nos publications pour l’ensemble des détails.

L’objectif était de quantifier la représentation de la diversité à l’écran suivant cinq paramètres de diversité et d’égalité : le sexe, l’origine, l’âge, la situation socio-professionnelle et le handicap. Nous avions analysé une semaine aléatoire de programmes diffusés sur les chaînes actives en Fédération Wallonie-Bruxelles. Seules les productions propres et coproduction avaient été analysées. L’unité d’encodage retenue était l’intervenant. Dans le baromètre 2013, nous avions répertorié 63.568 intervenants.

Si l’on devait résumer la ligne de force qui se dégage des trois éditions du Baromètre, nous pourrions affirmer que les écrans de télévision de Belgique francophone consacrent le « règne » des hommes blancs, jeunes (prioritairement de 24 à 35 ans), actifs, de classe socio-professionnelle supérieure et en bonne santé. C’est un constat récurrent sur les trois Baromètres, même si un certain nombre d’évolutions ont été constatées au fil des 3 ans.

Reprenons ces différents paramètres individuellement :

Le SEXE :

À l’instar des résultats de nombreuses études portant sur ce sujet à l’étranger, le Baromètre montre que les femmes sont sous-représentées sur les écrans télévisés de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Si cette représentation a légèrement progressé entre 2011 et 2013 (+5,47%), elle reste cantonnée dans les 30% (36,88% en 2013) alors que les femmes constituent 51% de la population belge.

L’ORIGINE PERCUE :

Nous avons répertorié les intervenants selon leur origine perçue « vu comme blanc » ou vu comme « non blanc ». Les catégories utilisées reproduisent des perceptions de sens commun ; des perceptions qui permettent à tout un chacun de catégoriser implicitement le monde qui l’entoure. Elles n’ont de sens que méthodologiquement, et ne se fondent pas sur la substance des individus.

En 2013, 83,02% des intervenants répertoriés étaient « vus comme blancs » pour 16,98% d’intervenants « vus comme non blancs ». Ce résultat témoigne d’une évolution, qui se mesure en « saut de puce » plutôt qu’en révolution, mais qui est constante depuis 2011 (+6,72%).

L’AGE

En matière d’âge, une constante est apparue au fil des trois Baromètres : la surreprésentation des jeunes adultes de 19-34 ans et la sous-représentation des personnes de 65 ans et plus.

Les 19-34 ans représentent en 2013 plus de 40% des intervenants (43,73% exactement). Cette proportion est deux fois plus élevée que la présence réelle de cette tranche d’âge dans la population belge au 01 janvier 2010 selon les chiffres de l’INS.

En revanche, les personnes âgées de 65 ans et plus sont près de 4,5 fois moins présentes dans l’échantillon de programmes que dans la société. Dans le Baromètre 2013, elles représentent 3,74% des intervenants dont on a pu identifier l’âge contre 17,16% de la population belge. La sous-représentation des seniors constitue donc une tendance lourde des différents Baromètres.

Les CATEGORIES SOCIO-PROFESSIONNELLES

Les catégories socioprofessionnelles dites « supérieures » (dirigeants et cadres supérieurs ; professions intellectuelles et scientifiques) sont toujours nettement surreprésentées à l’écran. Elles totalisent plus de la moitié des intervenants sur l’ensemble des programmes (52,96%).  Cette tendance tend même s’intensifier au fil des Baromètres : on enregistre une augmentation de 6,79% des CSP+ depuis 2011.

En revanche, les professions peu qualifiées et les inactifs sont très largement sous-représentés. Cette dernière catégorie connaît même une diminution de près de 10% (9,54%) en deux ans : de 16,14% à 6,60%.

Le HANDICAP

Enfin, la représentation du handicap à l’écran semble toujours constituer un tabou. Sur les 63.568 intervenants encodés dans le Baromètre 2013, 212 soit 0,33% présentent un handicap visible. Le résultat est analogue aux Baromètres de 2011 et 2012.

Des résultats contrastés :

On perçoit donc des évolutions contrastées pour les différentes variables de la diversité. La représentation des femmes et de la diversité d’origine est en légère progression. Les deux groupes restent sous-représentés, c’est une évidence mais les résultats bougent. Par contre, trois des cinq variables de la diversité restent, elles, pratiquement inchangées : l’âge, la catégorie socio-professionnelle et le handicap.

Le divertissement :

La forte sous-représentation des personnes de 65 ans et plus, des personnes présentant un handicap visible et des catégories socio-professionnelles moins qualifiées se renforce considérablement dans certains genres de programmes, comme le divertissement.

Le 19-34 ans y représentent près de 55% des intervenants ; les seniors moins de 2% et les personnes présentant un handicap visible 0,0002% des intervenants.

Alors qu’il cherche à fédérer un public large et diversifié, le divertissement donne moins à voir et à entendre l’individu ordinaire auquel le téléspectateur peut s’identifier qu’il ne projette des images de jeunesse, de santé et de profession socialement valorisées. Ce constat témoigne d’une tension entre monde réel et monde désiré … La représentation médiatique se construit aussi sur des images quelque peu idéalisées des sociétés.

  1. Quels enjeux, quelles pistes ?

 

Je vais terminer cette présentation en ouvrant sur les enjeux de la représentation de la diversité à l’écran (enjeux que nous serons amenés à discuter au fil de cette rencontre) : comment réconcilier image réelle et image désirée ? En quoi la diversité dans toutes ses composantes constitue-t-elle une opportunité pour les entreprises de médias ?

Dès lors que l’on part de l’hypothèse selon laquelle les récits médiatiques contribuent à construire nos représentations sociales, il y a des enjeux sociaux et éthiques évidents derrière la représentation de la diversité à l’écran.

Comme l’a mis en évidence le Panorama des bonnes pratiques en matière d’égalité et de diversité, il est possible de faire entrer en résonnance cette responsabilité sociale des entreprises avec des enjeux d’ordre stratégiques. Donner à voir des intervenants diversifiés, issus de toutes les composantes de la société, ne permet-il pas d’élargir les publics qui pourront s’identifier à ceux qui sont donnés à voir ? Donner à voir des intervenants diversifiés, ne permet-il pas d’élargir le vivier de candidats qui postulent dans l’entreprise ? Et ces ressources humaines plus diversifiées, ne permettent-elles pas d’impulser un changement à l’écran ?

Ce sont ces questions que je vous invite à débattre au cours de cette rencontre.

Consultez le compte-rendu de la 7ème rencontre PlanTV