Entretiens

Sans nous, il reste quoi comme média belgo-africain ?

Comment financez-vous vos activités ?

Franchement, ce n’est pas simple… Le marché publicitaire « belgo-africain » reste très instable car aucun média ne contribue à le structurer. C’est moins le cas pour les communautés marocaines ou turques, par exemples, qui bénéficient notamment de l’impact positif des radios communautaires reconnues en FM. Sur notre créneau, les annonceurs sont peu conscients des opportunités commerciales, la concurrence est donc féroce…  Pourtant, l’audience est bonne, regardez notre page Facebook ! Mais pour la monétiser, il faut stabiliser l’offre et la demande, attirer des annonceurs durablement.  Aujourd’hui, je peux plus me voiler la face, « Bel’Afrika Media » est mon activité professionnelle mais je suis quasi bénévole… Et si on venait à s’arrêter, il resterait quoi comme média belgo-africain ? C’est ça la diversité ?

 

Avez-vous cherché à obtenir des subsides publics ?

On nous envoie d’un guichet à l’autre depuis des années : la culture nous répond qu’on doit s’adresser aux médias, les médias à la cohésion sociale, la cohésion sociale à la culture… Au guichet suivant, on nous dit ne pas comprendre l’objet de notre demande… On nous conseille de tenter notre chance en éduction permanente… Bref, nous perdons beaucoup d’énergie en démarches et paperasses inutiles. Il n’existe pas de guichet pour les « nouveaux médias », pourtant pas si nouveau que ça… Nous remplissons des missions de service public à l’égard d’une composante de la société belge délaissée par les médias traditionnels, pourquoi n’existe-t-il pas une forme de reconnaissance de ce travail ?

 

Qu’avez-vous à l’esprit ?

Un subside structurel, pas grand-chose, de quoi payer nos frais généraux, le montant pourrait être proportionnel à l’intensité avec laquelle nous concrétisons des missions de service public… Je vois que le secteur des radios indépendantes bénéficie d’un système de redistribution, pourquoi pas nous ? Soyons créatifs ! Et je ne pense pas qu’à « Bel’Afrika Media », mais à d’autres projets audiovisuels de service public sur internet, qui doivent à mon sens se fédérer et revendiquer les moyens d’exister. Les pouvoirs publics doivent accompagner cette nouvelle expression de la diversité.

 

Comment vous projetez-vous à 5 ans ?

Je reste convaincu que le travail finit toujours par payer. « Bel’Afrika Media » progresse à tous les niveaux ! Enfin, sauf au niveau financier… Nous continuons à croire en notre cible et elle nous le rend en amour et en passion, à défaut d’argent… Je poursuis également la formation de stagiaires au sein de notre structure, une manière de rendre ce qu’on m’a donné. J’espère vraiment que notre situation et celle des autres WebTV pourra prochainement se stabiliser. « Bel’Afrika Media » est un portail audiovisuel sur internet alimenté en permanence depuis 2010, c’est quand même un beau gage de qualité et de persévérance.